o
• ~ •
- ♥♦♣♠ -
J'aime la philo.
Mais quelque chose me dérange dans la philosophie : son essence même. La vision actuelle que nous avons de la philosophie en est restreinte au seul aspect scolastique. Mais la philosophie c'est avant toute chose la volonté d'accéder au salut par nous même. De là partent des centaines de digression et des millénaires de réflexions. Cet exercice de la pensée s'axe d'abord sur le salut - la volonté d'être sauvés de la mort, de lui échapper. C'est ainsi que naissent ces discussions sur nous-mêmes, ce que nous sommes, ce que nous créons.
Cette philosophie là, je l'aime.
Mais n'oublions pas l'essence profonde la philosophie. La philosophie est née au IVème siècle avant Jésus Christ, durant l'âge d'or de la Grèce antique. Là les penseurs de l'époque ont eu tout le temps de se poser des questions diverses et variées. Ils en sont venus à s'interroger sur la finitude humaine –le fait que nous ne soyons pas immortels – et les angoisses qui en résultent. Cette crainte, nous l'avons tous en nous ; c'est celle de la fin de quelque chose, celle de l'inconnu, celle de l'imprévu, aussi. Et pour s'en écarter, les philosophes empruntent le chemin de la pensée. Ils se posent alors des questions fondamentales : que sommes-nous vraiment ? Qu'est-ce que la mort ? Pourquoi mourrons-nous ?
Les grecs avaient une vision très « socialiste » du monde et de la nature qui les entouraient. Les penseurs de l'époque –qui ne portaient pas encore le nom de « philosophes » - avaient dans l'idée que le monde était parfait. Le Tout qui les entourait était harmonieux et bon. Ainsi, toutes les injustices étaient souhaitables et naturelles et la mort n'était qu'un passage –presque glorifiant- d'un statut individuel à une partie de ce grand Tout. Pour les grecs, donc, aucune inquiétude à avoir concernant la mort. Tout ce dont il fallait se préoccuper c'était comment évacuer la peur irrationnelle de la mort, notion présente dans chaque chose qui ne recommencera jamais. La mort est de l'ordre du « never again », comme le disait Edgard Poe, célèbre poète. On peut dans cette catégorie, mettre la perte d'un être cher, mais aussi l'amnésie ou le déménagement d'un ami. Par là on peut penser que, chaque instant étant unique, nous mourrons un peu plus chaque seconde.
Mais je m'égare. Je ne retracerai pas toute l'histoire de la philosophie (y'en a que ça barbe déjà et qui se disent « c'est bien parce que c'est elle que je le lis... on dirait mon prof de philo » et même d'autres qui se sont arrêtés depuis longtemps !). Je rappellerai seulement que lors des siècles qui ont suivi, les théories et raisonnements se sont contredits, opposés, ou parfois, approuvés, suivant et entrainant les modifications de notre société. Entre alliances, coups bas, victoires et défaites, la philosophie est un véritable champ de bataille ! ^^
Bref, je m'éloigne du sujet ! Vous l'avez donc tous bien compris, l'essence de la philosophie tient donc dans la volonté d'ôter aux hommes la crainte de la « mort » -et de tout ce qui appartient à ce registre – par le seul exercice de la raison. Soit dit en passant, les religions au contraire, prônent le salut – la salvation – par un Être transcendant et extérieur à nous même, Dieu. Religion te philosophie ont une même racine, racine que je dédaigne. Si la mort fait partie de la vie, si la peur fait partie des sentiments, pourquoi tenter d'y échapper ? Il est vrai que nous sommes des êtres finis, et que la vie est courte, mais il nous a été permit de la vivre. Comment ? C'est un « miracle ». Quoi qu'il en soit, si on peut vivre une vie – et une seule – autant qu'elle soit la plus palpitante et complète qui soit ! Je ne voudrais pas mourir en n'ayant pas une seule fois ressentit l'angoisse, la tristesse, la mélancolie ou le désespoir. Bien sûr, comme tout le monde, j'aime être heureuse et je préfère me sentir en sécurité. Mais qui peut prétendre avoir réellement vécu sans avoir ressentit ces émotions ? Cela me semble impossible, ridicule. On ne peut pas prétendre savoir piloter un avion si on s'est inscrit à des cours de pilotages si on n'y a jamais mis les pieds ! Qui oserait dire le contraire ? Vouloir à tous prix combattre la peur de la finitude me semble bien plus effrayant que la mort elle-même.
Qui plus est, c'est pour moi le meilleur moyen de passer à côté de sa vie. Penser sans cesse à la mort et chercher sans répits un remède à ce que l'on craint me semble illusoire. C'est un moyen de se voiler la face et de fuir le réel. Se réfugier dans ce genre de réflexions me semble malsain et ajoute du dramatique à la situation. Si ce dont on a peur, c'est de voir sa vie se finir, et qu'on sait cependant que c'est inéluctable, pourquoi sans cesse réfléchir et jamais agir ? C'est courir après des chimères. De plus, la mort n'est pas une fin en soi. D'un point de vue purement scientifique, on associe la mort à la fin – la fin des réponses de l'organisme à l'environnement, la fin de la circulation du sang, la fin de l'oxygénation du cerveau...- mais si la raison et la conscience sont apparaissent de manière irrationnelle lors du « miracle de la naissance », pourquoi n'y aurait-il pas un nouveau « miracle » lors de la mort ? Que deviennent alors conscience et raison ? Qui sait s'il n'y a pas alors de multiples épreuves comme de multiples joies qui nous attendent ? Puis une nouvelle mort. Où une nouvelle naissance qui sait ? (ça me rappelle un livre : Une Vie ailleurs. Très bon, je vous le conseille !) Bref, à quoi bon s'en faire. Contrairement au virus du SIDA, il n'y a aucune réponse objectivement vraie possible ! J'ai mis le mot « miracle » entre guillemet parce qu'il a une connotation religieuse, et que religion et philosophie ayant la même essence, je me considère plus ou moins comme athée !
En se projettant vers quelque chose qui n'est pas actuel et qui n'existe en lui même que dans le futur, on se bloque nous même l'accès au présent et au bonheur qu'il engendre.
Voilà, en gros, pourquoi j'aime la philosophie et la dédaigne en même temps. J'aime trop étudier ce que les hommes ont créé, parfois sans même s'en douter, les méandres de leur cerveau et comment ils ont établit tous les concepts qui nous paraissent aujourd'hui couler de source, pour me formaliser de l'origine de ces délibérations.
J'aime les mystères, et celui-ci j'entends bien vivre celui-ci jusqu'au bout !
- ♥♦♣♠ -
• ~ •
o